L’hydrologie de la crête de partage et de ses abords présentait pour l’étude du projet une importance capitale.

A l’effet de posséder les données en vue d’étudier le comportement hydrologique des divers terrains la campagne de sondages comprenait, pour chaque sondage trois à cinq forages distincts arrêtés chacun à des profondeurs différentes. C’est ainsi qu’un premier forage, de faible profondeur, était arrêté à quelques mètres sous le niveau de la nappe superficielle. 

Le second forage était poussé jusqu’à la rencontre du socle paléozoïque dans lequel il pénétrait sur une hauteur de 2 mètres au moins. Les autres forages étaient arrêtés à une profondeur intermédiaire.  On disposait ainsi dans toute l’étendue et au-delà comme en deça de la crête à ouvrir de la possibilité de relever les données qui devaient permettre de suivre le comportement des nappes aquifères.

A l’expérience, on put remarquer que des forages dont la partie filtrante était engagée dans les sables boulant se colmatèrent, ce qui était à prévoir vu les difficultés à surmonter pour le captage de la nappe des sables fins yprésiens.

Des tubes se colmatèrent également dans les dépôts waeldiens. On aurait pu s’opposer  à ces colmatages et éviter ainsi que le fond du forage soit en communication, par l’extérieur du tubage avec une nappe supérieure, en posant dans les tubes des frettes étanches ; mais on ne recourut pas à ce dispositif couteux, les indications fournies par les tubages non colmatés ayant été suffisantes pour l’objet envisagé.

Le niveau de l’eau fut mesuré dans les tubages dès leur achèvement et les observations se poursuivirent régulièrement, de semaine en semaine, pendant plus de deux ans, jusqu’au moment où les travaux de creusement de la tranchée furent effectivement entamés, ce qui faisait disparaitre les tubes d’observation.

Dans certains tubes des mesures de perméabilité furent effectuées ce qui pouvait être intéressant au point de vue rabattement éventuel des nappes.

Détermination des différentes nappes aquifères

Les observations conduisent à l’existence de plusieurs nappes aquifères nettement individualisées.

Une nappe supérieure qui fluctue entre les niveaux 144.20 et 153.00 s’équilibre à la base du bruxellien de la crête de partage, et à la base des dépôts quaternaires des flancs Ouest et Est pour déboucher sur les alluvions de la Samme à l’Ouest et du Piéton à l’Est. Une série de niveaux aquifères, souvent temporaires, se rencontrent dans les parties plus sableuses de complexe argilo-sableux de la partie supérieure de l’yprésien.

Une nappe yprésienne ou intermédiaire qui fluctue entre les niveaux 123.70 et 140.00 est liée à la bande sableuse qui surmonte le complexe argileux de l’yprésien inférieur. Cette nappe se mêle à la nappe superficielle au contact de la bande de sable fin yprésien avec les dépôts quaternaires.

Une nappe inférieure, captive, est liée aux calcaires paléozoïques. Cette nappe s’équilibre souvent à quelques mètres au-dessus de la surface de base de la transgression yprésienne et exerce une pression sur l’argile yprésienne.

Allure des nappes aquifères

Pour ce qui est de l’allure de ces nappes, on en a déduit ce qui suit.

La nappe superficielle épouse le relief topographique en l’estompant quelque peu. Ses balancements reflètent bien le régime des précipitations atmosphériques qui l’alimentent directement et qui font que le niveau supérieur de la nappe peut varier de quelques mètres.

Le partage de cette nappe ne se fait pas à l’aplomb de la crête topographique mais plus à l’Est de cette crête, ce qui peut être imputé à l’allure asymétrique du recouvrement quaternaire sur le bruxellien dont il a été fait mention précédemment.

L’eau s’écoule plus facilement vers l’Ouest à travers les sables bruxelliens d’où elle émerge en quelques points sous une couverture limoneuse  peu importante tandis qu’elle trouve plus difficilement une issue vers l’Est où les limons quaternaires sont relativement beaucoup plus épais.

La nappe yprésienne de la bande sableuse située au-dessus de l’yprésien supérieur est la plus importante des différentes nappes renfermées dans l’yprésien. Cela ne comporte pas qu’elle puisse fournir un débit important mais elle est largement suffisante pour saturer un grand volume de sable très fin qu’elle est susceptible de rendre boulant, ce que les travaux d’excavation de mise en dépôt ont largement confirmé.

Pour ce qui est des courants d’eau résultant des nappes successives de l’yprésien, l’influence de la nappe intermédiaire sur la nappe inférieure est faible, sinon négligeable, à l’opposé de la nappe supérieure qui exerce une forte influence sur la nappe inférieure.

Mais la plus concluante des observations faites dans la nappe de l’yprésien fut de montrer l’influence heureuse des deux tunnels de Godarville sur l’équilibre de cette nappe, influence qui avait été pressentie par le Service des Canaux Houillers de l’administration des Ponts et Chaussées en plaçant, contre vents et tempêtes le tracé du canal à moderniser le plus possible au milieu des deux tunnels. Ces deux tunnels qui furent creusés en galerie, réalisent effectivement un drainage efficace , presque net, de la nappe des sables de l’yprésien, ces tunnels recoupant précisément la masse des sables boulant.

Et comme les venues d’eau par les parois des deux tunnels étaient insignifiantes, sauf en quelques endroits après les fortes pluies, on devait bien en conclure que le drainage de ces masses s’effectue le long de la surface extérieure de la maçonnerie du revêtement des tunnels.

Pour être complet, il faut cependant rappeler que le revêtement du tunnel de 1833 du canal à 70 tonnes, construit avec un soin minutieux, ne donna jamais lieu à déformation après sa construction, à l’opposé du revêtement du tunnel de 300 tonnes construit en 1880 et qui comportait un autre type de revêtement qui fut vraisemblablement exécuté dans de moins bonnes conditions.

Le partage de la nappe yprésienne ainsi favorablement influencée par les deux tunnels a lieu à quelques centaines de mètres à l’Est de la crête topographique, ce qui s’explique par la différence d’épaisseur de la couverture limoneuse de part et d’autre de la crête topographique.

Pour ce qui est de la nappe du socle paléozoïque, la plupart des sondages engagés dans le socle sont évidemment en communication avec la nappe qu’il renferme. , bien qu’ils n’y soient engagés que sur une hauteur de 2 mètres minimum.

L’écoulement de cette nappe est indépendant des allures topographiques et se fait du bassin du Piéton ( Meuse) vers celui de la Samme ( Escaut).

La ligne de partage de cette nappe doit être recherchée plus au Sud vers Anderlues et probablement vers l’Ouest où le socle houiller atteint le niveau 135.

Si les observations de fluctuations de niveau faites dans cette nappe au cours des deux dernières années attestaient une modification de l’allure détaillée du niveau supérieur de la nappe, son allure d’ensemble ne semble cependant pas avoir été modifiée.


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